Vue aérienne, dans la pénombre, d'un navire en mer, tous feux allumés et filet déployé.
Un navire pêche des sardines dans la mer Adriatique. La région méditerranéenne pourrait tirer profit d'une gestion durable visant à préserver la santé des pêcheries.
Damir Sagolj Getty Images

Depuis sa création il y a plus de 70 ans, la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) a parfois du mal à lutter efficacement contre la surpêche.

Mais ces dernières années, cette organisation chargée de la durabilité des pêcheries en Méditerranée et dans la mer Noire a obtenu d'importantes avancées. D'ici la fin du mois, à l'occasion de sa réunion annuelle qui se déroulera à Rome, elle pourra encore renforcer ses activités de gestion et de conservation de la pêche dans la région. Cette pêche, qui contribue à la sécurité alimentaire, aux moyens de subsistance et à l'économie locale depuis des millénaires, génère aujourd'hui environ 8 milliards de dollars (7,1 milliards d'euros) chaque année.

En 2021, la CGPM a fait un pas décisif en adoptant sa stratégie 2030 pour une pêche et une aquaculture durables en Méditerranée et en mer Noire. L'objectif de ce cadre est de renforcer la pérennité, de préserver la biodiversité et d'améliorer la résilience climatique des pêcheries méditerranéennes. Si ses membres ont depuis adopté une gestion scientifique de la sardine, de l'anchois et de la dorade rose, et identifié d'autres stocks devant faire l'objet de mesures urgentes, plus de la moitié des stocks de poissons évalués de la CGPM restent surexploités.

La réunion annuelle de la CGPM constitue une occasion cruciale de se rapprocher des objectifs 2030, à condition que ses membres prennent des mesures concrètes dans plusieurs domaines.

Gérer scientifiquement des espèces clés

Le merlu et la grande crevette rouge sont deux des espèces les plus précieuses et culturellement importantes de la Méditerranée, mais ces espèces sont également surexploitées.

A giant red shrimp on a white background
Cheret Isabelle/Ifremer
Cheret Isabelle and Mellon Capucine/Ifremer

La grande crevette rouge est utilisée dans la haute gastronomie méditerranéenne, tandis que le merlu européen est un symbole de la cuisine du quotidien, fermement ancré dans les villages de pêcheurs de toute la région. Les pêcheries artisanales de ce type représentent désormais 81 % de la flotte de pêche méditerranéenne.

Un peu plus tôt cette année, le comité scientifique de la CGPM a recommandé à la commission d'adopter des règles d'exploitation pour le merlu dans le détroit de Sicile, ainsi que pour la grande crevette rouge dans la mer Ionienne. Les règles d'exploitation forment une composante clé des procédures de gestion. Ces approches scientifiques et à long terme de la gestion des pêcheries tiennent compte de différents scénarios environnementaux et de leur impact sur les populations de poissons.

Beaucoup de gouvernements membres de la CGPM ont déjà adopté des procédures de gestion pour des espèces à forte valeur commerciale relevant de la compétence d'autres organisations de gestion. Ils doivent maintenant, avec les autres membres de l'organisation, définir et mettre en place des procédures similaires, basées sur les règles d'exploitation recommandées par le comité, pour garantir la viabilité à long terme de ces pêcheries méditerranéennes d'importance historique.

Multiplier et étendre les zones de pêche à accès réglementé

Les zones de pêche à accès réglementé constituent un autre outil important de protection des ressources et écosystèmes de la Méditerranée. Elles permettent d'interdire de manière temporaire ou définitive certaines activités de pêche afin de protéger des habitats vulnérables. De telles zones couvrent déjà 1 760 000 km2 en Méditerranée. La CGPM doit suivre les recommandations de ses scientifiques et décider de la mise en place de deux zones supplémentaires lors de sa réunion d'octobre.

La plus grande zone de la région interdit le chalutage, le dragage et d'autres types de pêches de fond destructrices à plus de 1 000 m de profondeur dans la quasi-totalité de la Méditerranée. Les membres doivent étendre cette interdiction aux eaux dès 800 m de profondeur pour protéger les écosystèmes des grands fonds sur 100 000 km2 supplémentaires.

La CGPM doit aussi mettre en place une zone de pêche à accès réglementé dans la Province des Monts de Coraux de Cabliers, le seul récif corallien d'eau froide que l'on sait être en croissance active en Méditerranée. Le comité scientifique a recommandé d'interdire les pratiques de pêche destructrices des fonds marins dans une zone centrale du mont, entourée d’une zone tampon. Il ne reste plus aux membres de l'organisation qu'à franchir une dernière étape pour préserver cet écosystème unique.

Des mesures pour la durabilité

Depuis longtemps, les pays du pourtour méditerranéen s'enorgueillissent de leurs pêcheries et du rôle culturel qu'elles jouent depuis des siècles. Face à la surpêche qui en menace un grand nombre, les membres de la CGPM ont commencé à prendre des mesures pour protéger et reconstituer certaines de leurs espèces emblématiques.

Les gouvernements ont cette année l'opportunité de rétablir la durabilité de pêcheries parmi les plus anciennes au monde et protéger les écosystèmes vulnérables de la Méditerranée, mais aussi de renforcer la résilience des communautés de la région face aux évolutions de l'océan mondial.

Esther Wozniak porte les efforts de plaidoyer de The Pew Charitable Trusts en faveur des pêcheries mondiales durables, en particulier au sein des organisations régionales de gestion de la pêche de l'Atlantique et de la Méditerranée.

Media Contact

Leah Weiser

Senior Manager, Communications

202.540.6304